Moulinex : « Pas des anciens combattants »

Le 16 septembre 2011

Les anciens Moulinex se sont retrouvés hier matin à leur local de Cormelles-le-Royal, à côté de leur ex-usine. Stéphane GEUFROY

Environ 250 anciens salariés se sont réunis hier matin à Cormelles-le-Royal, dix ans après la fermeture de leur usine.

« Moulinex est mort, pas nous. » Présidente d'APIC Mx, association des salariés de Cormelles-le-Royal, Maguy LALIZEL donne le ton. Hier matin, environ 150 personnes, anciens de l'usine et amis, se sont réunies à leur local, qui jouxte le site réaménagé. « Aujourd'hui, c'est la fête. Dix ans de solidarité et de résistance. On va les évoquer, côtés positifs et négatifs », résume Jean-Louis JUTAN, coordinateur projets de l'association.

10 h 30, premières notes de la matinée, musicales. « écoute le silence/De mon licenciement... » C'est La Machine, un titre d'un groupe de hip-hop angevin. « Notre hymne », pointe Jean-Louis JUTAN. Le groupe avait contacté les Moulinex lors d'une émission de France Inter. Le titre leur est dédié. Il résonne tandis que défilent des images de la fresque colorée graphée sur le local. « On n'est pas des anciens combattants, reprend Jean-Louis JUTAN. On a subi un séisme et on s'est toujours battus et on va continuer. C'est la seule solution pour rester debout. » L'usine employait 1 300 personnes.Dans le fond de salle, les PANAVI observent. Ils sont venus à six, « par solidarité » eux aussi. Leur usine, à Mondeville, a fermé en mars et les Moulinex les ont renseignés au début.« Toujours la flamme »Les anciens délégués sont au micro, comme en 2001. Prud'hommes (22 millions d'euros de condamnations), pénal, ils font le point des procédures. Ils ont toujours la flamme. Assis ou debout, les salariés réagissent, applaudissent, rient, s'insurgent. Dessins, copies d'articles et photos recouvrent des pans de murs.Invités, des élus locaux ont fait le déplacement. Les socialistes Laurence DUMONT, Vincent LOUVET et Jean-Claude CARABEUFS ; les communistes Marie-Jeanne GOBERT et Gérard LENEUVEU. L'opposition de gauche au maire de Cormelles est là aussi.

Aujourd'hui, 80 ex-salariés vivraient avec les minima sociaux. Sociologue, Manuella ROUPNEL-FUENTES a fait sa thèse sur les Moulinex. « Oui, le chômage provoque de vrais dégâts. Il génère de l'isolement. Cela rejaillit sur la santé, le couple », témoigne-t-elle. « On a été stigmatisés, se souvient Maguy LALIZEL. [...] Depuis l'arrivée au pouvoir de Sarkozy, on voit une montée au créneau contre les chômeurs, qui seraient des fainéants. » Elle réplique avec les boulots précaires « où des patrons utilisent une main-d'oeuvre fragilisée ». La politique nationale, l'échéance de 2012, nourrissent les derniers échanges. Deux enjeux, tirés de leur expérience : « Quelle politique industrielle ? Que faire avec les financiers ? »

Virginie JAMIN.

Ouest-France

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