Chômeurs, ils ont mis des mots sur leurs maux

Le 17 janvier 2008
Anciens de Moulinex, demandeurs d'emploi, ex-salarié d'une cellule de reclassement, immigré. Leur point commun : la précarité. Ils en ont tiré un livre de proche-réalité.
Samedi, ils liront leurs textes à Bruxelles dans un lieu prestigieux, sourit Philippe Ripoll. Cet auteur haut-normand, embarqué dans la réalité sociale, a animé des ateliers d'écriture avec d'anciennes ouvrières de Moulinex, mais aussi des demandeurs d'emploi ou bien des étrangers en attente d'une régularisation.
De ces rencontres est né un livre, « Nous ne sommes pas une fiction ». En quatrième de couverture, cette phrase : « Vu de très loin, ça pourrait presque être une « téléréalité », mais en vérité, c'est une proche, très-proche-réalité. » Celle de la vie de millions de personnes, en attente d'un emploi ou de papiers. De ceux qui vivent sous le fameux seuil de pauvreté.

Philippe Ripoll leur a donné la parole. Ce familier des ateliers d'écriture aime partir à la rencontre de « l'humain. Aller là où la poésie devrait être présente, où elle devient une arme quand elle permet de mettre des mots sur des maux. » La plupart des ateliers se sont déroulés sur l'ancien site de Moulinex, à Cormelles-le-Royal, aux abords de Caen.
Dans un des rares bâtiments resté debout. Celui de l'ancien magasin de vente au personnel, devenu le siège de l'association Apic-Mx qui défend leurs droits.
Les anciens de Moulinex ont décidé de ne pas s'effacer. Pas complètement, du moins. Chaque jeudi, ils sont entre 80 et 100 à se retrouver. Comme Josette Gosselin, 55 ans, ancienne ouvrière spécialisée. Le livre, pour elle, est le moyen de ne pas « oublier que nous avons été balayés comme des malpropres. Certains ne se sont pas relevés ».
« Sortir de la maison »
Vincent a un parcours singulier. Après la faillite du géant de l'électroménager en 2001, il a œuvré comme consultant dans la cellule de reclassement de Moulinex. Puis il a adhéré à Apic-Mx. « Je n'étais pas très fier de ce qu'on avait fait. Je ne voulais pas les laisser tomber. » Au RMI, Annie est fier du travail accompli. « Tout cela me permet de sortir de la maison, de rencontrer des gens. »

Dans « Nous ne sommes pas une fiction », chacun raconte son quotidien. Neuf parcours croisés, neuf histoires de vie. « Pour sortir du mépris et de l'auto-mépris. Retrouver une dignité fondamentale », conclut Philippe Ripoll.

Isabelle Lê.

« Nous ne sommes pas une fiction », aux éditions la Mesure du possible. 268 pages, 10 €. L'ouvrage a bénéficié du concours de la Région Basse-Normandie et du Centre régional des lettres.

Article sur le site de Ouest France

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